Conte-5044

Catégories Auteurs Récompenses Actualité Statistiques

 

Conte de Noël de Denis Baribeau

 

Père Noël et le petit garçon bien curieux

 

Il était une fois, dans un pays qu'on ne dit pas, un petit garçon bien curieux.  Nous étions à quelques jours de Noël lorsque ce garnement se mit en tête d’aller visiter le Père Noël dans son royaume du pôle nord.  L’eût-on appris plus tôt, que voilà notre bout d’homme parti.  Quelle aventure !

 

Comme il savait qu’il y faisait très froid, il s'habilla chaudement et emporta de la nourri­ture.  Il était fier de son projet, sûr de réussir et confiant d'y être avant la nuit.  Malheu­reusement à cet âge de la vie, il y a bien des choses que l’on ignore ou que l’on oublie.  Quoi qu’il en soit, il marchait depuis longtemps lorsque la noirceur tomba.  Je ne dois plus être très loin, se disait-il pour s’encourager.  Or nous ne savons guère encore où en était parvenu ce fichu gamin, mais toujours est-il qu’il décida de s’arrêter pour se re­poser un peu.  Épuisé, il s’endormit aussitôt.

 

Quand il se réveilla, il n’en crut pas ses yeux.  Il était dans un beau grand lit, bien au chaud.  Quel miracle !  Sautant du lit, il courut à la fenêtre pour voir dehors.  Oh mer­veille !  Le village du Père Noël apparaissait là, devant lui, avec sa grande place animée par une foule de lutins plus affairés les uns que les autres à travailler.

 

Absorbé par tant de féeries, c’est avec peine qu’il entendit Fée des Glaces l’interpeller der­rière lui.  Ne crains rien, lui dit-elle en s’approchant doucement.  Elle raconta com­ment elle avait deviné son projet et pourquoi elle avait décidé de l’aider.  En fait, elle le trouvait bien courageux.  Puis s’assoyant, d’une voix chagrinée, elle lui confia que le Père Noël était gravement malade et qu’il allait peut-être mourir.  Le petit garçon ne sa­vait pas que le Père Noël pouvait être malade et encore moins qu’il pouvait mourir.  Aussi le prenant par la main, la bonne Fée entreprit de le conduire bienveillamment à la chambre où re­posait Père Noël. Celui-ci alité et trop faible, la voix presque inaudi­ble, ne reconnais­sait personne.  L’enfant éclata en sanglots tandis que Mère Noël et Fée des Glaces, le prenant mutuellement dans leurs bras, tentaient de le consoler.

 

Quelques heures plus tard, arriva ce qui devait arriver; Père Noël mourrait.  Tout le monde pleurait.  Fée des Glaces qui réconfortait toujours l’illustre bambin pensait qu’il y avait encore tant de choses que la vie lui apprendrait.  Pauvre petit, non seulement il n’y comprenait plus rien, mais il ne voyait plus tellement ses larmes abondaient.

 

Le lendemain et dès son réveil, le garçonnet s’empressa de se rendre à la chambre du Père Noël.  Rien à faire, elle restait vide.  Errant depuis sans entrain dans le châ­teau, il se retrouva bientôt transporté comme par magie dans la grande salle du trône.  Ce qu’il vit le stupéfia.  Père Noël se trouvait là, assis, avec Mère Noël, Fée des Glaces et quelques lutins.  Un Père Noël tout en santé et tout aussi joyeux que tous les Pè­res Noël qu’il aurait pu connaître jus­que-là.  S’adressant alors à l’enfant, Père Noël l’invita à monter sur ses genoux et prononça ces mots : «Mon petit, les événements que tu as vus se sont réellement passés.  Mais le mystère de la vie permet justement que les choses puissent continuer sans jamais s’arrêter.  Ce soir, c’est la grande nuit de Noël et comme d’habitude j’irai de par le vaste monde apporter mes étren­nes.  Tu viendras avec moi, car je dois aussi te ramener auprès de tes parents qui s’inquiètent beaucoup en ce moment.  En attendant, sois gentil et va aider les lutins à charger et préparer mon traîneau».  Le gamin encore abasourdi par tant d’enchantement ne se fie pas prier davantage et quitta sautillant pour rejoin­dre ses espiègles amis.  Nul doute, le bonheur résidait ici.

 

Entre-temps, arriva le moment du départ.  Père Noël monta dans le traîneau, fit signe à l’enfant de le suivre et salua les gens du village qui s’étaient réunis pour la circonstance.  Puis sous les hourras et les cris, du moins c’est l’histoire qui le dit, Rudolf s’élança fièrement et l’attelage magnifique s’éleva dans le ciel.  Compagne fidèle, la lune éclairait le chemin.

 

Sur la route des étoiles, il vous faut le savoir, le silence est de mise.  Enfin jusqu’à ce point puisque Père Noël entreprit tout à coup de confier ce qui suit : «Tu sais mon enfant, ce soir je suis triste et je vais te révéler un grand secret».  Une fois de plus, l’attitude du Père Noël inquiétait.  «S’il est vrai, reprit-il, que cette nuit je rendrai des milliers d’enfants heureux, il est tout aussi vrai que pour des milliers d’autres je ne ferai rien.  Car pour eux le Père Noël n’existe pas.  Le petit homme écoutait ahuri.  Père Noël continua : «Pourtant ces milliers d’enfants sont actuellement dans le mal­heur.  Ils souffrent de la violence, de la maladie, de l’abandon, de la pauvreté, de la faim, de la guerre, et je ne peux rien faire ... ».  De grosses larmes coulaient sur les joues du Père Noël.

 

N’y a-t-il vraiment rien à faire interrogea le petit homme ?  Oh que si, il y a quelque chose, répondit le Père Noël.  Mais ce trésor, il n’est pas dans mon traîneau; il est dans le coeur des hommes et il s’appelle «Amour».  Tel un cadeau, donne-le tous les jours et à chaque moment de ta vie, donne-le à tous les enfants, à tous les humains, à tout ce qui vit.  Donne-le gratuitement, donne-le sans attendre, donne-le sans rien prendre, mais donne-le, je t’en prie.  Pour que Noël devienne un jour, l’anniversaire de naissance de l’humanité, un hommage solennel de la vie terrestre à l’éternité, où pour une fois, rien, ni personne, n’est oublié.  Sur ces mots, magnificente, une étoile filante traversa la nuit.

 

Pendant ce temps, les rennes qui filaient à vive allure avaient fait si bien qu’ils avaient atteint la maison du petit garçon.  Père Noël fit arrêter le traîneau sur le toit, serra l’enfant dans ses bras, puis l’aida à descendre.  Soutirant ensuite un joli paquet de son gros sac rouge, il dit : «Tiens, voilà ton cadeau mon brave petit».  Le bambin le refusa et demanda au Père Noël de l’offrir plutôt à l’un de ces enfants malheu­reux dont il lui avait parlé précédemment.  Mais le Père Noël insista : «Prends-le et garde-le, il t’appartient.  N’aie pas honte de ta chance et de ton bien.  Quant au reste, je sais que tu t’en souviendras».

 

Tandis qu’il s’éloignait, le petit garçon entendit au loin ce grand rire joyeux dans la nuit : Ho ! Ho !  Ho !   Et bien qu’il ne fût encore tout à fait certain que le Père Noël existait vraiment, il a­vait appris assurément qu’il était beaucoup plus qu’un simple conte pour enfant.

 

Accueil Editions Partenaires Nous rejoindre

 

Mise à jour ; 12 mars  2005   Copyright © 2004, Les éditions Mélonic