|
|
Recueil-6001 |
|
|
|
Recueil de Anne-Sophie, France
Au-delà de l'absence
Aussi loin qu'on eût pu porter un regard, aussi loin que l'horizon lointain, au seuil de nulle part, je me souviens. Je me souviens derrière un miroir de ces chemins de croix et d'argent. Au-delà du mal, au-delà même de l'amour, au dernier pas de nul retour, je me souviens. Je me souviens de nos rêves qui couraient sous la terreur visuelle de nos mains orphelines, tendues ainsi vers le ciel tels des doigts de verre frôlant la crête du temps. Je me souviens à la lisière de l'absolu mensonge, la vérité cachée sur l'errance de nos corps, l'esprit en quête d'images au goût de ces terres sauvages. De nos blessures solitaires, on eût cru un instant la douleur renversée à contre-vent sur le sifflement aigu d'un désir courbé sous le poids de la passion. Je me souviens tel un soleil évincé de son feu, au passage de ses pas l'encre violine de ses lignes marquer ma peau comme un souffle au fer rouge, là où la vie devint chair, là où Dieu condamne à chaque instant, là au commencement de tout, et ce vide et ce silence après lui. Pas un nom, pas un regard, je n'ai pour seule image que celle de sa voix, telle une ombre errante au regard noir. De mes ratures il m'enseigne, il redessine inlassablement mes courbes, redessine et peint d'azur où se meurt un désert, mais comment poursuivre sans évidence sur la preuve d'un doute. Au seuil des tempêtes nocturnes, comment ne pas sombrer sous le fléau de l'écriture. Ma voix à peine audible contre lui, souvent à la lueur d'un simple murmure qui va et qui vient chaque jour cogner comme un appel oublié sous le pas de la désillusion. Alors des lignes et des lignes voilà notre histoire. Dois-je porter sous l'éboulement de l'âme le fardeau d'un bonheur perdu sous un lambeau de voix, mon cœur en révolte dans la poitrine frappant comme des galoches de bois. Dois-je tourner la page sous des cendres froides. Aujourd'hui au-delà de l'absence, je suis comme un pêcheur prisonnier de la mer . Comme une ombre maladroite qui danse après le coucher du soleil. Soufflant plus fortement mes colères sur les flots de l'océan. Je me souviens que la route est longue et difficile, il n'a à ce jour que faire de mon amour et de mes désirs. Survolant brièvement d'une voix mystérieuse mes appels. Mais peut-être un jour saura-t-il reconnaître au loin mon visage derrière un brouillard à l'ouest de la lune. Peut-être encore, saura-t-il me retrouver derrière un tapis de sable, retrouver mes mots éparpillés au sol comme un papier déchiré. D'un songe à des brasiers d'épines comment savoir, l'espoir mis dans les bras des marées. Comment comprendre poursuivre encore quand il ne reste à ce jour qu'une histoire fragile.
|
|
Mise à jour ; 12 mars 2005 Copyright © 2004, Les éditions Mélonic |