Roman de Stéphane Lafaye
Les
terrifiants dossiers secrets de Paragon City : l’affaire « Monsieur
Social »
Chapitre 9 : Mac
Le vieux flic se met à
pester lorsque la cendre instable de son cigare tombe dans la gamelle de
haricots au chorizo qu’il s’évertuait à touiller patiemment :
- Et Merde… Non mais tu parles d’un con…
Ca fait presque douze ans que Martha s’est tirée et ses compétences
culinaires n’ont pas vraiment évoluées. Pas plus que cette manie de
mâchouiller ces morceaux de tabac pourris qui lui noircissent les doigts
et les dents, attestant ainsi de leur qualité discutable. Fumer ces
merdes ne lui a pas qu’altéré l’apparence mais aussi irrémédiablement
niqué le goût. D’où la présence incongrue des larges rondelles de
saucisson « extra fort » qui flottent paisiblement dans les fayots. Sans
ce petit « plus » subtil qui ne manquera pas de lui enflammer
agréablement le palais, il aurait encore l’impression de bouffer son
cigare. Le ciflar ça marche bien. Le bourbon aussi. Peut être même un
peu trop bien quand il y pense…
D’ailleurs tiens, il y pense et en profite pour s’enfiler une bonne
rasade à même la bouteille qui n’est jamais bien loin lorsqu’il est
enfin rentré à la maison.
Le sergent de police Fred Mac Manus hésite un instant puis, constatant
que la cendre de cigare a été digérée par l’épaisse sauce tomate
pendant qu’il réfléchissait, il soupire et se remet à tourner la grande
cuillère en bois avec régularité.
Pour ce que ça changera…
Franchissant les deux mètres qui séparent sa « cuisine » de son
« salon », Mac Manus dépose la gamelle à même la table centrale qui en a
vu d’autres et n’a probablement pas fini d’en voir et va pour s’asseoir
tranquillement pour becter son festin lorsque l’interphone retentit.
Sur le coup, une bouffée de souvenirs envahie le bonhomme. Il repense à
Matha lorsqu’elle avait oublié sa carte codée et rentrait de l’hôpital.
Bon leur appart n’était pas ce trou minable et il ne se souvient pas que
cet engin ait jamais retenti depuis qu’il occupe cet endroit mais c’est
comme ça. Un son anodin ranime parfois les souvenirs enfouis. Rarement
les bons… Sa nature de rouquin colérique commence d’ailleurs à montrer
le bout de son sale petit nez.
V’là autre chose !
Ca ne peut pas être Martha de toute façon. D’une part elle ne connaît
pas l’adresse de ce bouge et d’autre part elle est remariée avec son
gros connard d’assureur et habite à l’autre bout du continent. Putain
mais qui est donc cet emmerdeur qui lui rappelle sa tanche de femme avec
son coup de sonnette ?! Clair qu’il ne va pas être déçu du voyage !!!
Rouge comme une pivoine en préemptif de l’engueulade qu’il va passer au
perturbateur, le gros dégarni colle sa bouche sur le micro, actionne le
bouton de l’intercom’ et hurle :
- MAIS BORDEL !!! QUI C’EST QUI VIENT ME FAIRE CHIER A S’T’HEURE ???
- Hé Oh on calme sa joie là, répond une petite voix haut perchée. Z’êtes
Mac ?
- Comment ça si je suis Mac ?! T’es pas gonflée toi !!! T‘es qui
d’abord ?
- Roxy ! je suis passée au Com’ 17 et ils m’ont dit…
- J’te connais pas ! Barre toi !
- Ah non ! Faut m’ouvrir ! J’ai des soucis !!! Mon frère a dit que…
- Je m’en branle de ce que ton frère a dit, tu dégages et pis c’est
tout !
Normalement les camés et les cloches ne l’emmerdent pas. Même ces petits
cons de Skulls et d’Hellions évitent de lui briser les meules. Pas parce
qu’il appartient à la police de la ville, ça non. En fait, les flics se
font probablement bien plus embrouiller que n’importe qui. Ca explique
pourquoi ils se sont regroupés dans des quartiers qu’ils défendent à
tour de rôle pire que des forts de cavalerie pendant les guerres
Indiennes. A fortiori ceux du Com 17. Non, si Fred Mac Manus a une paie
royale c’est bien parce que les marginaux de la rue sont au courant de
son histoire avant qu’il n’intègre la Municipale, rien de plus. Mais là,
ça doit être une nouvelle qui n’est pas au parfum vu que ce foutu
buzzeur se remet à crachoter :
- Ecoute moi bien, gamine ! Tu te casses de là t’as compris ?
- Nan ! Faut m’ouvrir !!!
- C’est toi que j’vais ouvrir en deux si t’insistes, t’es prévenue !
- Ah l’autre hé ! Genre le gros dur !!! raille la fille.
- Rhooo putain !!! Barre toi ou je descends de torgnoler, j’déconne pas
!
- D’accord, ça me va !
- T’es givrée ou t’es droguée ? demande le rouquin, suspicieux.
- Nan j’vais très bien ! Mais vu que pour me taper, faudra que vous
ouvriez ben ça me va !
- Ecoute petite, tente le flic en massant ses yeux devenus douloureux,
j’ai rien pour toi ici ok ? Alors tu peux bien faire le pied de grue
devant la lourde, je vais shunter la puce de cette saleté d’interphone
mais t’entreras pas chez moi…
- Mais ils vont me tuer !!!
- Dégage !
- Dîtes moi seulement si c’est bien vous le sergent Mac Manus enfin !
- OUI C’EST MOI ET MAINTENANT TU T’ARRACHES !!!
- Alors moi je suis Mélanie Kirby et mon frère m’a…
- Tu vas pas recommencer sans déconner hein… Kirby ? Comme le Lieut’ ?
- Mais oui enfin ! C’est lui qui m’a dit…
- Attends je t’ouvre, heu…
Roxy ! Bouge
pas hein ! Valaaaaa…
Appart 18599 au 176ème étage.
« Ah ben merde alors ! » gronde le gros en enfilant une chemise pilou
sur son maillot de corps avant de se ruer dans la chambre pour enfiler
un falsar en constatant qu’il est en caleçon. « Putain je prends quand
même de vilaines habitudes… ».
Lorsque la sonnette retentit, il se précipite vers la porte, s’arrête un
instant devant le miroir fendillé de l’entrée, trouve ce qu’il voit pas
plus moche que d’habitude et ouvre en trombe la lourde blindée. La
gamine lookée Skull le regarde avec un grand sourire timide, agite sa
petite main et dit :
- Salut ! Je suis Roxy vous vous rappelez ! Ou Mélanie si vous préférez…
- Mac ! gronde le rouquin qui n’aime pas ces enfoirés de Skulls, fussent
ils des mouflettes ou les frangines de ses supérieurs. Entre et assieds
toi ! Mais tu piques rien hein !
Le sergent réactive les sécurités de la lourde d’entrée puis rejoint la
gosse dans le salon.
- Tu t’assois pas ?
- J’ose pas trop… C’est un peu l’Bronx chez vous…
Le rouquin sent la moutarde lui monter au nez et va rétorquer un truc
bien senti pour clouer le bec à cette pimbêche quand il constate
qu’effectivement, c’est limite BoomTown son intérieur : les bouteilles
vides disputent le terrain aux fringues sales et à toutes sortes de
merdiers difficilement identifiables. Rhhhaaa s’te honte !!! Pis ça doit
chlinguer aussi ! Vu que les cigares lui ont aussi niqué les naseaux,
Mac n’est pas sûr mais à voir la trombine de la môme, ça doit quand même
salement renifler le glaire d’Abomination.
- Heu… Ben pose un cul… Mmmm… où tu peux ! Pis heu… je vais ouvrir un
peu les fenêtres aussi hein !
- Ah c’est ça ? je me disais bien qu’il devait y avoir un truc crevé
pour que ça renarde comme ça ! Mais j’osais rien dire…
- Ouais tiens genre t’es une timide, grommelle l’autre, piqué, en
forçant pour ouvrir le battant blindé tranquille depuis des années et
qui se défend de son mieux. Vaaaala ! Bon alors qu’est ce qui t’amène
et où est passé le Lieut’ sans dec’ ? Lui qui ne manque jamais une
journée, je t’assure qu’on se fait un sacré mouron au poste là !
- C’est un peu compliqué…
- Vas y ! Dis que je suis con aussi, se rebiffe le flic. Puis voyant que
la gamine reluque la gamelle à fayots, il demande, touché : T’as la
dalle ?
- Oh oui !!!
- Bon ben attends là, je vais te chercher une assiette et on partagera !
Tu me raconteras tout ça pendant qu’on graille !
Attablée, la gamine avale ses fayots à vitesse subsonique puis se lance
dans son récit. Au départ, Mac Manus écoute d’une oreille distraite,
tout à son combat contre les rondelles de chorizo. Puis il oublie la
plâtrée et sa faim quand elle parle de Ravage. Une fois qu’elle a
terminé, il reste la bouche ouverte, le mégot éteint à nouveau collé aux
lèvres par l’habitude. Il n’a même pas pensé à se jeter un coup de
bourbon derrière la cravate durant le récit.
- Ben tu parles d’un truc…
- Vous me croyez pas ? supplie Roxy.
- Si, si, bien sur que je te crois… murmure le gros. C’est seulement que
c’est… beaucoup !
- Ah ça…
- Donc si je résume – tu me corriges si je me goure – le Lieut’ c’est
Ravage le Vigilant.
- Oui.
- Mais en fait, Ravage est une espèce de Démon immortel qui possède les
enfants normalement uniques dans ta famille depuis des siècles.
- Voilà oui…
- Bon… Le truc sur ta famille tout çà, j’ai pas bien intégré mais en
faisant simple, Kirby était parvenu à mettre le Monstre en sommeil
depuis l’affaire du meurtre de tes parents et il l’a réveillé pour te
sauver.
- Exactement !
- Parce que tu était poursuivie par un trio de Créatures qui sont aussi
des espèces de trucs démoniaques et accessoirement les potes de ce
loufdingue de Monsieur Social.
- C’est ça.
- Et ces… choses… te poursuivent pour te tuer maintenant que tu connais
leur existence.
- Exact.
- Et Ravage aussi maintenant qu’il a refait surface et envoyé le Lieut’
dans une espèce de dimension infernale d’où il est originaire.
- Z’avez tout compris ! Je peux manger vos haricots ?
- Heu… Oui, oui vas’y !
Pendant que la gamine dévore plus qu’elle ne mange le contenu de
l’assiette, Mac ressent d’un coup le besoin de se tisaner vite fait un
petit Bourbon. Puis il se ravise. Si le Lieut’ lui a confié sa frangine,
c’est pas pour qu’il se pochetrone comme une ruine mais pour qu’il
prenne soin d’elle.
- On va faire quoi ? demande Roxy avec un regard pleins d’espoir.
- Ben… commence le rouquin, bien ennuyé, je propose déjà qu’on pique un
roupillon tu vois. T’as l’air claquée, mouflette.
- J’ai eu une dure journée…
- Clair que oui, se marre le gros. Tu vas prendre mon pieu, je dormirai
sur le divan. Et fais pas cette gueule, je vais te donner des draps
propres, t’inquiète ! Demain matin, on reparlera de tout ça et on
décidera d’un plan d’action.
- Merci Mac…
- Merci de quoi ? se renfrogne le sergent, gêné. Allez ! Vas pioncer,
demain il fera jour !
Pendant que Mélanie fait son lit en poussant des petits cris dégoûtés,
le flic tente de « digérer » les infos délirantes que la gamine lui a
asséné. Il n’entend même pas la jeune fille qui l’appelle et c’est
lorsque qu’elle pose timidement la main sur sa grosse épaule massive
qu’il se rend compte de sa présence et balbutie :
- De quoi… Tu disais un truc ?
- Oui je vous demandais…pour la photo… dans la chambre…
- Quelle photo ?
- Une photo sous le lit quand je finissais de border. Celle ci ! Dîtes
donc ça prouve que vous faites souvent la poussière…
- Pour qui tu te… gronde le rouquemoute dégarni, furax.
Elle tend le morceau de papier glacé froissé et Mac Manus défroisse
tendrement le vieux visuel jauni par les années.
- A h ben merde…
Je pensais que Martha l’avait foutue à la poubelle avec
tout le reste avant de se trisser !
- Martha ?!
- Mmmm ? Oui… Martha ! Ma femme – enfin plutôt EX-femme pour être
précis. Elle s’est taillée il y a des années. Elle appréciait pas des
masses la vie que je menais à l’époque… achève t’il sur un ton de fausse
confidence amusée.
- C’est vous là à droite hein ?
- Oui… Oui c’est moi. MouMouMac le Latexien !!! Quelle rigolade quand j’
y repense !!!
- Vous faisiez donc partie de Pure Justice ???
- Oui. Mais c’était il y a longtemps ! C’est terminé ces conneries là
pour moi. Faut savoir passer la main tu sais.
- Vous êtes un Héros…
- J’étais un Héros. Mais y a pas de quoi se rengorger, petite. Regarde
autours de toi… Tu trouves vraiment que c’est héroïque ?
- MouMouMac !!! Whao ! Vous étiez un de mes préférés ! J’avais toutes
vos figurines quand j’étais petite !!! Surtout quand vous étiez avec
Albédo… Vous formiez un si beau couple !!!
- Ouais ben parles en à Martha !!! acquiesce le sergent d’un rire sans
joie. Elle a pas eu ta vision des choses, mes oreilles en témoignent !
glousse le gros avec soudain dans le regard une lueur polissonne qui lui
donne un coté adolescent touchant. Note qu’elle avait pas tort non plus
hein ! J’ai déconné… Même si finalement je ne regrette rien. Rhaaa
putain quelle époque !!! sourit tendrement le rouquin sans lâcher sa
photo fétiche.
- Mac ?
- Mmmm ?
- Comment vous…
- Comment j’en suis arrivé là tu veux dire ? complète le vieux sergent
avec lassitude.
- Non c’est pas ça. Enfin…
- Allez arrête ton char, gamine ! Après le sketch de l’interphone, tu
vas pas faire ta coincée polie c’est bon ! Pis t’inquiète, tu me vexes
pas car c’est une question que je me suis déjà posée donc y a pas
offense. Allez pose toi sur le canapé que je te raconte, ça me fera du
bien. Mais après on va au pieu hein !!!
- Oui promis ! s’excite Roxy en applaudissant de joie.
- Bon ben la première tuile m’est tombée sur le carafon après
l’arrestation des Crueliens de l’Hallucinance en fait. On faisait une
petite fête au QG avec les copains pour fêter ça et j’avais un peu trop
picolé. Ca faisait un moment que j’en pinçais pour Albédo. Mais y avait
Martha. Pis même, elle était quand même d’une autre classe la Albédo
donc même pas j’en rêvais tu vois…
- C’est vrai qu’elle était beeeelle…
- Putain oui !!! Pis elle en avait autant dans le citron qu’elle était
pas fière si tu veux tout savoir ! Une sacrée gonzesse !!!
- Donc vous étiez bourré…
- Ah oui pardon… Hé Oh non pas bourré, petite peste !!! Disons que j’en
avais un petit coup dans le cornet mais pas plus. Du coup, l’ambiance
aidant…
- …et l’alcool…
- Si tu veux raconter te gène pas…
- Excusez-moi ! minaude la gosse faussement docile.
- Mouais… donc enfin tu vois le tableau quoi ! Voilà t’y pas que j’ai
les couilles de dire à Al qu’elle me plait et tout ça et que ben… ça
marche quoi !
- Géniaaaaaaaaal !
- Comme tu dis ! Moi le tout juste Héros aux pouvoirs les plus nuls de
Pure Justice, je me retrouve avec la Albédo dans les bras et tout.
- Et vous l’avez… enfin… vous voyez quoi ?!
- Nan mais dis donc ??? Tu veux une taloche ??? T’as de drôles de
questions pour une mouflette j’trouve !!! T’es restée trop longtemps
avec ces merdeux de Skulls et je dirai au Lieut’ de te reprendre en main
quand on l’aura retrouvé !
- Pfffff genre… Bon pardon… Je demande quoi… C’est vrai, mince ! Les
Héros ont imagine jamais qu’ils LE font, vous voyez…
- Ben les héros, ma petite cocotte, ils LE font aussi et de la même
façon que les pas Héros même si des fois avec les pouvoirs ça donne des
trucs assez tordants genre…
- Oui ???
- Ah mais qu’est ce que je raconte moi ?! T’as vu ce que tu me fais
dire ??? Bon… Les héros y sont comme tout le monde. Voilà. Ils font caca
et tout…Et d’ailleurs tu peux me croire, cette manie de porter des
costumes à la con rend pas toujours la chose facile !
- J’avais jamais pensé à ça ! s’esclaffe Mélanie avant de se gondoler
hystériquement.
- Oui bon ça va… On passe pas non plus notre temps sur le trône hein !!!
se marre à son tour le rouquin. Sauf si un Vilain avait un pouvoir qui
nous y oblige ! T’imagine s’te honte !!! Être attaqué par
Super-DiarrhéeMan !!!
- Pitié… en pleure la jeune fille, le visage inondé de larmes en se
tenant le ventre de rire.
- Heureusement que les Vilains n’y pensent pas d’ailleurs !!! s’acharne
avec sadisme celui qui fut MouMouMac. Perdre un combat assommé par un
super coup de poing ou une rafale d’énergie passe encore mais je me vois
bien prenant la fuite pour cause de caleçon souillé tiens ! Quand on
sait l’importance qu’un Héros attache à son image, ce serait
dévastateur !!!
Satisfait de son effet, le comique roux attend que la môme se calme
enfin puis reprend :
- La suite tu la connais comme tout le monde. Cette raclure jalouse de
Vertigo qui balance l’info à la presse, les médias qui en font leur
choux gras et la conclusion logique pour moi : Martha qui se barre. Avec
la thune du foyer, bien entendu ! De toute façon, notre couple battait
de l’aile depuis un moment… Ca se serait produit tôt ou tard.
- C’est après ça que Albédo a été…
- Non pas tout de suite. En fait, j’ai eu sept moi de bonheur total
avant. C’était la première femme qui m’acceptait tel que j’étais sans
essayer de me changer ou de me reprocher mon manque d’études et
d’éducation. Pourtant putain, elle aurait pu ! Elle était… parfaite. Pas
seulement son physique tu vois mais surtout son comportement. Dans le
monde des Héros, ça se la pète à un point que t’imagine pas. Mais pas
elle. Jamais. La gentillesse et la simplicité à l’état pur cette femme.
C’était dû au fait que contrairement à la plupart d’entre-nous, Albédo
était convaincue d’avoir ce qu’elle appelait ses « dons » uniquement
pour aider les gens. Les plus faibles et les démunis. C’était pas une
héroïne, c’était un Ange égaré sur terre. Et cet Ange m’autorisait à
l’aimer… Putain…
- Elle vous aimait aussi vous savez, murmure prudemment Roxy.
- Faut croire… reprend Mac en reniflant comme un goret. Comme quoi tout
est possible à Paragon hein !!! Donc j’étais sur mon nuage tu vois. Un
bonheur pareil je pensais pas que ce soit simplement possible ! Puis y a
eu ce jour maudit…
- L’affaire des Larves de l’Apocalypse…
- Oui… s’étrangle le flic soudain plus vieux de vingt ans.
- Si vous ne voulez pas… enfin je comprendrai quoi…
- Nan c’est bon. Ca me fait du bien en fait d’en causer. Je n’en ai
jamais parlé à personne et c’est probablement ce qui m’a bouffé et
transformé en cette pauvre cloche en uniforme quand j’ y pense.
- Y a pas de honte à être devenu policier, vous savez… lance Mélanie
gentiment.
- Clair que ça vaut mieux que d’être Skull, répond sans réfléchir le
flic avant de lever les yeux aux ciel en se rendant compte de sa bourde.
Heu… Ou Hellions…
- C’est bon, je sais bien que j’ai déconné mais avec Ravage et tout ça…
- Je disais pas ça pour toi sincèrement… J’ai beau pas pouvoir les
encadrer, je me doute bien que la plupart des membres des Gangs ne les
ont pas rejoints par choix. J’ai beau en avoir la tête, je suis pas non
plus complètement abruti. N’empêche que mon boulot est de traiter le
mal, pas de guérir la cause donc…
- On va pas se fâcher à propos des Skulls, Mac. Racontez moi pour Albédo
plutôt.
- Ah ouais pardon. Bon ben quand le groupe est arrivé dans la base ou
ces fumiers de la Crey et de la 5ème faisaient leurs expériences, ça
s’est tout de suite gâté.
Le vieux héros se perd dans ses souvenirs, les yeux rivés sur la jeune
fille mais le regard absent et la voix changée. Il ne raconte plus
maintenant, il est à nouveau là bas et l’effet sur sa spectatrice
captivée est immédiat et saisissant d’intensité.
Dés l’entrée dans le complexe, même Mammouth peinait à progresser
tellement ces ordures étaient nombreuses. Putain j’avais jamais vu
autant de ces salopards avant et je t’assure qu’on était pas à la fête.
Entre les armes lourdes, les robots de combat et les mecs tellement
cybernétisés qu’on les confondait avec les tas de ferraille, on s’en
sortait pas et on avançait plus d’un pouce.
C’est là qu’Albédo a proposé son plan au Commandeur.
Au départ, le patron a refusé. Al n’était pas taillée pour la baston et
ce qu’elle souhaitait faire la laissait seule avec tous les risques que
ça comportait. Pis comme on en prenait vraiment pleins la gueule et que
le temps était compté, il a accepté…
Tous les membres de Pure Justice occuperaient les troupes ennemies et
Albédo s’enfoncerait dans le complexe pour neutraliser les Larves. Elle
m’a embrassé, m’a dit « ça va aller, Mac ! » avec sa simplicité de ton
qui rendait toute prise de tête impossible et elle y ait allé.
Alors là, on s’est lâché !
Fallait attirer toutes les unités sur nous si on voulait qu’elle puisse
passer ! Être invisible ne marche à coup sur que si les mecs d’en face
sont occupés et pas sur leurs garde sinon des fois ça foire.
Putain ce qu’on a ramassé !!!
Quand nous avons chargé, ils sont sortis de partout.
Ils étaient des centaines. Peut être des milliers même…
Caducée - notre soigneuse - a tellement tiré sur ses pouvoirs pour
maintenir Mammouth en vie qu’elle ressemblait à une petite vieille toute
flétrie quand ça s’est calmé !
C’était incroyable !
Le Commandeur et Mamm avaient transformé l’usine en champ de ruines, je
te jure ! Moi je me concentrais sur les servants des canons lourds et
les exo-squelettes des mercenaires pour que Sabra puisse leur tailler la
viande ensuite pendant que les sœurs Rafale arrosaient la zone d’un
déluge de feu continue. Comme souvent, c’est Spartan qui encaissait le
plus gros avec ses putain de boucliers démentiels et on tenait.
C’était impossible mais on tenait !!!
J’ai jamais compris comment cet enculé de Requin est parvenu jusqu’à
notre Defender sans qu’on le détecte…
Le Commandeur nous avait informé qu’il était possible que des
Super-Vilains aient été embauchés en renfort mais ce taré d’assassin
nous a tous surpris.
Tout ce que je sais c’est que quand j’ai vu Spartan tomber en même temps
que ses boucliers, la gorge tranchée, j’ai compris que c’était terminé
pour nous. Malgré sa faiblesse extrême, Caducée est parvenue à compenser
les terrifiantes blessures subies par Mammouth et le Commandeur privés
de protection avant que son pouvoir sollicité une fois de trop ne la
consume définitivement.
Dans l’oreillette, j’ai eu juste le temps d’entendre Albédo murmurer
« j’y suis presque ! » et je me suis retrouvé avec une armée sur le
râble. Malgré ses principes à la con, le Commandeur a lancé un code
noir. Ca signifiait qu’un des notre y était passé et que nous étions
autorisés à frapper pour tuer. Ca en disait long sur le merdier dans
lequel on était car il n’avait jamais donné cet ordre et ne l’a à ma
connaissance plus jamais donné depuis.
Spartan le Defender était considérée par notre Scrapper Sabra comme un
frangin. Ils étaient tous les deux originaires de bleds lointains et ça
les avait immédiatement rapprochés donc j’ai pas été étonné quand j’ai
vu Sabra faire un de ses sauts de carpes et se jeter sur Requin qui
s’acharnait sur le corps de Spartan.
Ils ont pas échangé un mot.
Normalement les Héros et les Vilains aiment bien se provoquer et
balancer des poncifs à la noix pour la postérité.
Pas eux.
Ils ont juste commencé à se tailler en pièces.
Même les Mercs de la 5ème ont reculé en voyant ça !
Pourtant quand on connaît les bouchers que sont ces sadiques là,
t’imagine l’ampleur du carnage.
Requin était peut être un malade total mais c’était pas une lopette, ça
non !
Un Scrapper normal serait revenu vers son groupe après avoir buté un
Héros mais pas ce taré.
En une fraction de seconde, il faisait front et déchiquetait le visage
de Sabra jusqu’à l’os avec sa putain d’épiderme mutante hérissée
d’espèces d’hameçons barbelés.
C’est pour ça que Sabra porte un masque depuis...
Avec les saletés de Toxines Creys dont Requin s’enduisait le corps, y a
pas d’opération possible…
Quand tu vois comment elle était canon et coquette en plus, t’imagine
aisément ce qu’elle a du ressentir quand il a commencé à la défigurer.
Le pire c’est que Sabra avait provoqué l’ouverture pour l’atteindre.
Elle savait que Requin était plus fort qu’elle et qu’il ne résisterait
pas à une belle petite gueule comme la sienne avant de la tuer. Donc
pendant qu’il s’acharnait à dévaster sa beauté, elle s’est mise en
position pour attaquer maintenant que le psychopathe était assez près
d’elle pour ça. Les mortelles pointes d’os ont surgi de ses paumes et
elle les a plantées dans le seul défaut que comportait l’armure
naturelle de Requin : ses ouies !
Requin est mort instantanément, son cerveau malade doublement percé de
part en part et Sabra s’est effondrée sur lui, terrassée par les
horribles mutilations.
Comme on avait plus de bouclier, les unités lourdes ont chargé les
frangines Rafales.
Vu les dégâts de folie qu’elles avaient causées, elles étaient LA cible
à abattre en priorité. Elles étaient trop loin de Mammouth et du
Commandeur pour qu’ils puissent intervenir et elles le savaient. Elles
étaient drôlement tapées du ciboulot ces deux garces là mais c’étaient
des putains de pros. Quand le gros de l’ennemi a été au contact, elles
ont balancé un « Bye bye, les bébés ! » complètement surréaliste sur l’intercom
et se sont faites exploser sans une hésitation. La double Nova a
pulvérisé l’intégralité des êtres vivants qui se trouvaient au niveau du
sol. Et c’était encore à ce moment là une sacré putain de fourmilière
tellement ça grouillait de Vilains ! Et ben même les unités blindées
lourdes ont été désintégrées.
Là, les mercenaires Creys survivants se sont barrés en masse.
S’en était trop pour eux.
Les tarés de la 5ème ont bien hésité un instant et ils ont plus eu de
questions existentielles à se poser car Mammouth leur est tombé dessus
et a passé sa folie furieuse d’avoir perdu des copains sur eux.
Putain…
Il en restait au moins une quarantaine et c’étaient pas des débutants.
Que des vétérans endurcis câblés des pieds à la tête.
Au départ, ils ont fait front mais quand Mamm a démembré le premier, ça
a été la débandade. Y avait de la bidoche partout et le Tanker devenu
barge ne s’arrêtait pas.
Quand j’y repense, je suis limite d’avoir la gerbe…
Et pourtant il était unique ce mec, crois moi !
C’était un type d’une gentillesse infinie et c’est pour ça qu’il ne s’en
est jamais remis. Y a un truc qu’à pété sous son crâne ce jour là et
c’est pour ça qu’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui. J’ai eu les
boules en apprenant qu’il avait rallié les Sept Sinistres mais je sais
que c’est à cause de ce jour maudit car il est devenu fou…
Il est resté là bas en fait.
Quel gâchis…
C’est le Commandeur qui s’est jeté sur lui et a tenté de le calmer vu
qu’il y avait plus personne de vivant mais il s’arrêtait plus et a tenté
de tuer le patron. J’ai utilisé mon pouvoir sur lui et quand il m’a
regardé, j’ai compris que la prochaine fois qu’il en aurai la
possibilité, il me tuerait. Mon ami avait quitté cette enveloppe
monstrueuse. Il n’y avait plus qu’un bête meurtrière dedans.
On était encore sous le choc quand Albédo s’est à nouveau manifestée. On
entendait mal à cause des grognements de rage que poussait Mammouth et
on s’est éloignés un peu. Probablement aussi qu’on ne voulait pas
comprendre ce qu’elle disait.
- Répète s’il te plaît, Al ! a lancé le Commandeur.
- Je dis que c’est terminé. Vous devez quitter le complexe MAINTENANT
car il n’y aura plus rien de vivant ici dans quelques minutes !!!
- Que ce passe t’il là dessous bordel ? a rugit notre Chef. Le fait
qu’il perde son légendaire sang froid en se laissant ainsi aller
verbalement en disait long sur la tension. Albédo… Qu’est ce que tu
t’apprêtes à faire enfin ?
- Il vaut mieux que vous ignoriez ce que j’ai trouvé ici ! Par contre,
il est impératif que ça y reste et je vais faire le nécessaire pour
m’assurer que ce sera le cas. A jamais.
- Je suis encore l’Officier en charge de ce SuperGroupe, Caroline ! a
grondé le Patron d’un ton cassant, oubliant carrément d’utiliser le nom
de code de son amie. C’est à moi de déterminer ce qu’il incombe de faire
et tu vas sortir immédiatement du complexe. Dans trente minutes nous
sommes de retour avec des renforts et…
- Nous n’avons pas trente minutes, Lucas ! a répondu Caroline Allen Ray
plus connue sous le nom de Albédo la Pure en utilisant à son tour le
prénom du Commandeur avec une tristesse froide. Nous sommes confrontés à
un péril bien plus grave que ce à quoi nous nous attendions. Il n’y a
pas que Creys et la 5ème Colonne d’impliqués. Ici de sont les COT qui
achèvent un rituel que je ne PEUX PAS autoriser. Je sais que tu… feras
ce qui est nécessaire ensuite. Mac ?
- Je…, balbutiais-je, mon esprit refusant d’admettre ce que ma raison
rendait pourtant clair.
- Je t’aime Mac. Maintenant et pour toujours.
Puis la communication a été coupée.
Je suis resté là, immobile.
Je ne pleurais pas ni ne criais.
J’étais comme… mort.
Quand Lucas, comprenant que j’étais sourd à ses injonctions, m’a prit
les épaules entre ses mains puissantes, je l’ai regardé avec un sourire
étrange. Il hurlait mais – bien que capable d’entre les mots – j’étais
devenu incapable de les comprendre.
Par contre, j’avoue que j’ai senti la gifle…
Et la seconde aussi, la vache !
D’un coup, tout s’est remis en place et l’horreur de la situation
devenue évidence, je me serais probablement vautré comme une loque s’il
ne m’avait pas à nouveau maintenu fermement :
- Tu vas chercher Sabra et tu l’évacue le plus loin possible MAINTENANT,
Mac !!! a t’il dit avec son calme revenu de chef incontesté de Pure
Justice. Je me charge de Mammouth.
- Et Albédo ?
- Dépêche toi ! Sabra est blessée et elle y restera si tu tardes ! a
t’il éludé en chargeant le caoutchouteux Mamm sur son épaule.
- Je ne partirai pas sans Albédo, Lucas…
- Mac, a rétorqué le grand Justicier en se retournant, un sanglot dans
la voix qu’il tentait de garder ferme, Caroline ne sortira pas d’ici.
Elle est une des plus grandes Contrôleuse de la planète et c’est aussi
une femme exceptionnelle au jugement sans faille. Quoi qu’elle ait
trouvé là dessous, c’est suffisamment terrifiant pour qu’elle préfère se
sacrifier afin que ça n’en sorte pas malgré son amour pour la vie. Ne
l’insulte pas en ajoutant deux morts de plus à ce gâchis, par pitié.
Et parce que les vrais chefs se doivent de vivre ensuite avec les pires
décisions, il s’est envolé avec son fardeau aussi vite que possible.
C’est la plainte déchirante que Sabra a poussé à ce moment qui m’a fait
agir. J’étais encore anesthésié mentalement mais la douleur affreuse de
mon amie m’a fait bouger par réflexe. J’ai altéré la densité osseuse de
son visage sanguinolent pour alléger les fractures faciales et j’ai prit
son petit corps supplicié avec douceur. Au moment ou je passais en
super-vitesse, l’onde Psychique est remontée du sous-sol. On m’a
expliqué depuis qu’il est impossible à un non initié de percevoir ça
mais moi je sais qu’à cet instant j’en ai été capable. Cela n’a pas
duré un instant. Juste le temps d’être baigné d’un aura d’une pureté et
d’une bonté totale qui a même apaisé les gémissements déchirants de mon
pauvre fardeau martyrisé.
Et il y a eu l’explosion dont tout le monde a parlé.
Mac s’arrête de parler, visiblement épuisé par le récit et un silence
lourd tombe sur le petit appartement misérable. Roxy pleure à chaudes
larmes puis parvient entre deux gros sanglots douloureux à demander :
- Qu’est ce qu’il s’est passé ensuite ?
- Ensuite ? Rien. Comme souvent… Les preuves de la complicité évidente
de Creys ayant été détruites, il nous fut impossible d’impliquer la
Compagnie dans ce désastre. Pas de corps. Pas de preuves. Juste des
ruines et cinquante étages de base souterraine secrète transformés en un
cratère fumant de plusieurs centaines de mètres de profondeur aux parois
lisses comme si elles avaient été taillées au diamant avec assez de
gravats dans le fond pour construire un second Paragon. Freedom Corps a
bien essayé de s’accrocher un temps mais la bataille devenait juridique
et à ce petit jeu, Creys restait imbattable. Sabra s’est remise
doucement avec les conséquences qu’on sait. Mammouth est passé à
l’ennemi et le Commandeur a remonté l’équipe. Moi, j’ai décidé de tirer
un trait sur ce passé insupportable et de contribuer plus modestement à
faire régner la Justice dans Paragon. Ma principale motivation à
continuer à déambuler en caleçon ridicule pour affronter des tueurs
impitoyables vêtus tout aussi comiquement a disparu avec Caroline.
J’étais un Héros de seconde zone de toute façon…
- C’est parce qu’il savait que vous étiez MouMouMac que Samuel m’a
envoyée chez vous ?
- Sincèrement je l’ignore, petite.
- Moi aussi mais j’aimerai avoir une réponse à cette question car ça
commence à faire un peu trop de monde dans la confidence à mon goût !!!
Quoi que… ricane alors une voix chargée de fiel derrière le flic.
Roxy s’est levée d’un bond, les traits déformés par une terreur abjecte.
Elle a les yeux rivés sur la fenêtre ouverte où se tient tranquillement
assis en tailleur Ravage, un grand sourire découvrant ses dents à
nouveaux parfaites.
Mac se place devant la gamine tétanisée.
Il sait la dangerosité de ce qu’il s’apprête à affronter mais
curieusement, il n’a pas peur.
- J’ai adoré l’histoire, monsieur MouMouMac ! Surtout que ça finit MAL !
ricane le Monstre. Que de suspense !!! Que de tragiques…
rebondissements ! Je peux t’appeler MouMou dis ?
- Mélanie, commence le rouquin prêt à se jeter sur l’affreux, prépare
toi…
- Prépare toi à quoi ? raille Ravage. A aller au DODO pour faire DODO ?
Il est bien tard pour une petite fille, monsieur MouMou et elle doit
être épuisée, cette pauvre… PETITE SALOPE !
A l’instant ou Ravage se jette sur lui, Mac libère un pouvoir contenu
depuis douze ans en une seule décharge. Malgré sa nature démoniaque,
Ravage reste tributaire du corps humain de son hôte et il s’affale comme
une pauvre baudruche dégonflée lorsque les os de ses quatre membres se
transforment en une espèce de gélatine. Pareil à une vilaine méduse
noire, le Monstre s’apprête à lancer son aura de drainage vitale quand
le rouquin lui lance en grondant :
- La moindre trace d’énergie démoniaque et j’applique mon traitement à
ta cage thoracique juste le temps nécessaire à tes os pourris de couler
assez pour passer sous ton cœur infernale. Tu imagines ce qu’il
adviendra quand je leur redonnerai toute leur densité…
- Tu n’es pas un tueur, glousse Ravage.
- Pour la gamine, je n’hésiterai pas un instant à en devenir un.
- Tu tuerais Kirby du même coup.
- Samuel Kirby préfèrerait probablement crever que de savoir que sa sœur
a été victime de son parasite…
- Ramène Sam, ordure !!! hurle maintenant Roxy en secouant comiquement
le bras droit caoutchouteux du Méchant.
- Ben c’est de ça que je venais causer en fait avant d’être honteusement
agressé !!! s’insurge le gélatineux.
- TU m’as attaquée !!! accuse la môme, furieuse devant tant de mauvaise
foi.
- Tu m’excites tellement avec ta frimousse d’allumeuse… J’ai du mal à me
contrôler… rétorque suavement la créature.
- Pourquoi tu ne nous as pas drainé alors que tu bénéficiais de l’effet
de surprise ? demande Mac avec cette lucidité typique aux Héros qu’il
croyait à jamais enfui.
- Parce que je viens vraiment vous proposer un deal ! Pour la gosse, j’y
peux rien, c’est ma nature ! Elle t’a raconté qu’elle n’est finalement
qu’une saleté d’erreur et que…
- C’est toi la saleté !!! jette Roxy, mauvaise.
- Arrête ton cinéma et explique ce que tu veux, Ravage, coupe le flic.
- Je veux pas retourner chez moi !!! C’est nul là bas et ici j’aime
bien ! siffle le monstre avec une écœurante jubilation.
- Quel rapport avec nous ?
- Les autres là, les Démons que la gosse a vu, ils sont ici pour
préparer une invasion. Quand ce sera terminé, l’humanité sera asservie
et les pauvres diablotins dans mon genre devront rentrer au bercail.
Mais moi je veux rester à Paragon !!! Tout seul, je ne peux rien faire
car ce sont des démons autrement plus puissants que moi. Et je connais
personne. Alors je me suis dit que comme j’étais lié psychiquement avec
l’autre petite garce et que je pouvais la retrouver, elle pourrait peut
être m’aider pour trouver du soutien. J’ai proposé aux autres de me
charger d’elle quand Croquemitaine est revenu bredouille et me voilà !
- T’as encore cherché à me bouffer, charogne ! accuse une nouvelle fois
Mélanie.
- Oui bon d’accord c’était pas bien rhaaaalala on va le savoir ! On
commet tous des bourdes insignifiantes mais on va pas se fâcher pour ça
non plus hein…
- Tu proposes quoi ? demande Mac en retenant Roxy qui s’est jeté sur le
vilain provocateur pour l’étrangler.
- Ben faut regrouper tes copains Héros et rapidement, mon pote ! Nous
avons intérêt à avoir renvoyé le quatuor de choc dans son Univers avant
demain soir sinon nous allons ramasser sur la casquette un nouveau péril
bien pire encore. Même eux en ont la trouille et c’est pas bon signe
quand on connaît les maboules !
- C’est quoi ce péril ?
- Une espèce de mercenaire démoniaque qui fait flipper tout le monde. Il
n’est pas originaire de chez nous et se fait appeler le Monstre du
Placard. Il semblerait que les gros pontes de ma Dimension font appel à
ses services quand la foirade est totale. D’après ce que disent les
autres, quand il en a terminé avec un monde y a plus vraiment à s’en
faire ensuite vu ce qu’il en reste…
- Mac… Tu vas pas croire ce malade dis… supplie Mélanie Kirby.
- Il aurait pu nous tuer sans problème, petite. Et son histoire confirme
la tienne. Je pense donc que nous n’avons pas réellement le choix. Il ne
nous reste plus qu’à vérifier maintenant si MouMouMac le Latexien compte
encore quelques amis dans la profession. Croisons les doigts…
- Je voudrais bien mais c’est pas fastoche, ils sont complètement mous…
pleurniche Ravage.
- Je vais redonner leur densité à tes os mais si tu fais mine de
t’intéresser de trop près à la gosse…
- Je te refous une volée ! termine Roxy.
- D’accord… capitule Ravage. Bon par contre y a un dernier problème.
- Vas y annonce, c’est la journée ! souffle le vieux Héros.
- Ben en fait j’avais prévu de faire revenir Sam pour qu’il vienne vous
causer. Je me disais que ça rendrait les choses plus faciles pis que je
lui repiquerai la place après vu que pour se bagarrer contre les quatre
Démons, il faudrait bien qu’il fasse appel à moi.
- Effectivement t’aurai dû faire ça, on aurait gagné du temps ! confirme
Mac.
- Le Problème c’est que j’arrive pas à le faire revenir…
- Comment ça tu n’ y « arrives pas » ?! Qu’est ce que tu as fait de mon
frère, ordure ???
- Ah mais j’y suis pour rien !!! Il est plus là !
- T’explique ça comment, Démon ? s’inquiète le policier.
- J’explique pas. Normalement je redescends à la maison et il revient.
C’est pas dur et ça marche à chaque coup lorsque je provoque l’échange.
Lui par contre, il en chie des caisses et…se marre la créature avant de
constater l’absence totale d’hilarité chez ses deux spectateurs et de
poursuivre sur un ton neutre . Hum… Enfin bref, cette fois ci, je le
trouve pas.
- Donc ?
- Ben… C’est pas très rose chez moi pour un mec comme Sam… Sa
nature « bonne » agit sur les habitants de mon Univers comme un
véritable aimant et il lui est arrivé des fois de revenir dans un sale
état. J’ai peur que cette fois ci il soit tombé sur un os…
- Tu penses qu’il est mort ?
- Non car sinon son enveloppe aussi aurait été tuée et j’aurai été forcé
de trouver un hôte compatible immédiatement. La seule personne adaptée
pour moi c’est la gamine vu que Kirby n’a pas de mouflet. Donc c’est pas
ça.
- Accouche, Ravage !!! s’énerve Mac.
- Il est pas crevé mais il répond plus alors y a que deux explications.
La première c’est qu’il est devenu zinzin. Mais j’y crois pas trop car
s’il avait dû barjoter, ça fait une paie que ce serait fait vu les
misères que je lui fais, glousse l’Immonde.
- Seconde option ?lance le flic, glacial.
- Ben… Il est possédé AUSSI chez moi. Et là ça craint !
- Tu as peur qu’on te vole ta place ? raille Mélanie.
- Tu comprends pas, gamine… Il ne s’agit plus de parasiter un corps là :
c’est de son énergie vitale dont il s’agit ! Ce que vous appelez son
Aura ou son Âme si tu préfères. Et le problème c’est que SI c’est ce qui
lui est effectivement arrivé, il a été attaqué par un de NOS démons à
nous. Z’imaginez ce que ça peut donner…
- Tout ça est un peu nouveau pour moi et je ne suis pas certain de bien
comprendre le résultat, confesse Mac, inquiet.
- T’es pas aussi mou du bulbe un peu toi… Réfléchis ! Son corps ici avec
moi dedans, son âme chez moi avec un autre parasite à l’intérieur. Ca va
rendre les voyages un peu bordéliques. Si je redescends, l’autre remonte
c’est obligé ! Vu les saletés que sont NOS parasites, vous allez déjà
pas beaucoup aimer le changement et vous en viendrez même à me
regretter, faites moi confiance… Histoire de tout arranger, j’ai bien
peur que cette double distorsion laisse l’Âme de Samuel Kirby à jamais
prisonnière de la dimension où il a été envoyé pour la seconde fois… Ca
veut dire qu’on est pas près de le revoir le Samuel !
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